S’aimer d’abord… pour savoir aimer !

Phanie - 23 septembre 2015

La belle-mère de votre enfant (ou celle qui vous pourrit la vie)

Phanie - 23 septembre 2015

Une Célibattante Parisienne en Province

Phanie - 23 septembre 2015
s'aimer soi même pour grandir
La belle-mère envahissante, ou grognasse pour les intimes
Parisienne en Province
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Je suis une célibattante parisienne. J’ai bien dit PARISIENNE. Et je comptais bien le rester…jusqu’à ce que la vie en décide autrement….Explications :

« Félicitations Phanie, c’est vous qui avez les meilleurs résultats sur les six derniers mois ! Vous serez nommée dans un mois directrice d’agence ».

Directrice  d’agence! Bim Bam Boum! Ah ah!

La vieille pie là, qui bave sur tout le monde et qui est là depuis 15 ans. Bam! Doublée!

Et la petite jeune qui fait du 95 D et qui suit des cours à Sciences Po – « oui tu comprends, je vais pas faire ça toute ma vie, c’est juste pour économiser pendant mes études, parce que le mannequinat ça m’attirait pas vraiment » –   Bim! Cramée! C’est moi moi MOIIII la nouvelle Directrice !

Bon. Après un BAC avec mention Bien, un Master 2 en Droit et trois ans de no life le soir pour finir mon boulot, je m’y attendais. C’est pas vraiment une surprise.

 

J’espère juste que ça n’est pas le résultat de mon nouveau mascara à l’effet waouh et de mon rapprochement avec le boss.

 

Rapprochement relatif somme toute. Une broutille. Rien. Un regard. Un peu d’alcool. J’étais épuisée. On a couché ensemble….ok. Dans son bureau.

Pour ma défense (avant de me condamner sans autre forme de procès !) : il est très beau. Genre un mix de Frédéric Michalack pour le corps (le rugbyman) et Frédéric Beigbeder pour… l’intelligence. Oui parce que je suis une sapio sexuelle, vous connaissez ? non ? Et bien pour moi les préliminaires peuvent être remplacés par une discussion très intellectuelle. Un érudit m’excite autant qu’un fan de tuning m’effraie, vous voyez ? Même si je ne crache pas sur un beau sportif au crane vide mais aux fesses pleines. Bref. Fin de digression.

Donc je fête cette superbe promotion le soir même avec mes copines célibattantes et fières de l’être dans le 8ème, notre quartier-général d’adoption – moins surfait que le 1er dans lequel on a grandi toutes les quatre. Rosé, cigarettes et vodka. La soirée a été festive, le lendemain beaucoup moins.

 

Semaine suivante.

« Ca y est, je sais dans quelle agence tu es mutée ! Je suis super heureux pour toi, je suis même jaloux ! »

Vas y mon chat, annonce la couleur, je suis prête et j’ai très envie de toi.

«  Le Lot-et-Garonne !!! »

 

« Pardon ? C’est dans quel arrondissement ça ? Parce que j’ai grandi à Paris, et Lot-et-Garonne, tu vois, je connais pas ce quartier. »

 

« Le Sud Ouest, le Lot-et-Garonne ! Ma chérie tu es mutée en Province ! ».

Mon cerveau surchauffe, donne moi une chaise j’ai le vertige. Moi ? En province ?

Tu vois Stéphane Bern faire du moto-cross ? Improbable ? Ça me fait le même effet.  Mon cœur saigne.

Veille de mon départ. Re-soirée avec mes copines. Nos mascaras à l’effet waouh coulent sur nos joues. Re-rosé, cigarettes et vodka. Mal à la tête. Je vous aime les filles, parce que l’amitié, c’est la seule valeur saine aujourd’hui. Quand je pense à Monsieur mutation, quel salaud, quel plouc. Pied de biche va ! Avec ton sourire bright et ton bureau ciré. Je t’aime chéri.

 

Ca y est, j’ai fait le grand saut, j’y suis. A l’étranger.

Catastrophe. Je ne comprends rien. Rien. Il est où le décodeur ? C’est quoi ce dialecte séculaire dont chaque phrase finit par « eing » ??

A la boulangerie : « Je voudrais une chocolatine et un peingggg »???

Dans la rue : « Pardon mais, vous avez un copeinnngggg ? ». Non tu vois pas je fais le tapeeeiiinnngg.

 

Et puis, je suis angoissée ici. Pour le prix de mon studio à Paris j’ai une maison de 100 mètres carré. Avec jardin. Et une piscine. C’est trop grand.

J’aimais bien moi, me sentir à l’étroit dans ma petite cuisine, ma petite chambre et mon petit salon. Tu n’as qu’à tendre le bras dans ton bain et tu attrapes le Nutella dans le placard de la cuisine.

Ici j’ai failli me perdre 10 fois. Je pourrais avoir un chien, trois enfants et un mari. Non. Non. La quintessence de la femme au foyer affranchie de toute  incertitude existentielle et qui a l’audace de vivre une slow life, pour moi,  c’est comme si Philippe Etchebest dansait le lac des cygnes. Inconcevable. Et angoissant. Je sens la crise de panique arriver.

 

Le pire, c’est la nuit. Le silence. Le summum de l’angoisse.

J’entends rien. Rien. Pas de voiture, de jeunes qui rigolent, de SDF qui se battent. De vie quoi. Ici c’est la mort sans nom.  Les immeubles sont remplacés par des forêts remplies de bêtes et d’araignées.

Ils connaissent pas le tofu ou le kale.

Monop est à 100 kilomètres mini.

Ils me prennent pour une folle quand je cherche du yoga bikram.

Et ils aiment pas les Parisiens. Le comble.

 

Un soir, ma voisine – ne vous y trompez pas, il faut presque la voiture pour aller chez elle – a sonné à ma porte.

J’ai failli me cacher dans le salon. Mais elle m’a vue. Alors j’ai fait style de rien, je faisais le ménage, vous comprenez, dans le placard. C’est pas qu’elle est méchante, mais trop d’affection d’un coup ça me provoque des crises de spasmophilie. Et ici, les gens, ils font comme s’ils étaient de ta famille alors j’ai souvent des tremblements.

Vous saisissez, moi, je suis une princesse mais pas genre couronne, robe en satin et prince charmant.

Je suis une princesse couillue. Celle qui a elle-même construit sa forteresse, qui met des converses, qui regarde les matchs de foot et qui a tellement souffert des hommes qu’elle s’est emmurée seule parce que ne pas aimer c’est aussi ne pas souffrir. J’ai tellement rêvé du prince que, quand un pseudo Félipé 3ème du nom m’a effleuré la main, j’ai plongé aveuglément dans sa vie. Sans filet. Et il a bien bien bien piétiné la mienne. Bref.  Re-fin de digression.

 

Elle m’a invitée à dîner chez elle.

J’y suis allée. On sait jamais j’aurai peut-être besoin d’elle un jour. Ding Dong. « Félicieiinnngggg va ouvrir la porte c’est la voisine ! »

La porte s’est ouverte. Un homme, aux yeux émeraude et au sourire aussi charmant que celui de Monsieur Mutation était faux, m’a aussitôt claqué deux bises. Un vrai poulet du Gers, élevé au respect des autres, à l’amour de la terre et à l’authenticité des gens du sud.

J’aime bien les gens gentils finalement.

 

Deux ans sont passés. Je suis dans le train qui me ramène sur Paris.

Nouvelle mutation, nouvelle vie.

Deux minutes que je suis partie et mon cœur va exploser.

Plus de putainnnggg, d’adiou et de chocolatine.

Plus de grande maison sans voisin pile devant ma fenêtre qui me mate quand je danse nue sur du Mickael Jackson.

Plus de gens qui prennent leur temps, de papi aux mains sillonnées par la terre, de gens qui vivent sans honte d’être heureux de peu de choses.

Plus de dimanche silencieux.

 

Deux choses ont changé dans ma vie grâce à ce sursaut du destin.

  1. Je n’aurai plus de préjugés. Sur les lieux, les gens ou la vie de chacun. Chaque personne est différente et peut nous changer profondément.
  2. Il faut parfois du courage pour sortir de sa zone de confort. Rien n’est linéaire. La vie nous fait trébucher, sauter, tomber, nous casse et nous malmène. Mais si on choisit de continuer, elle nous fait aussi vibrer, pétiller, danser, flotter. Et le plus important. Aimer.

 

La vie recèle de trésors enfouis qui sont parfois sous notre nez.

Je vous laisse, mon téléphone sonne, l’homme de ma vie m’appelle.

Il s’appelle Félicieiinnngggg.

 

Et si Victor Hugo avait raison en disant « Les plus petits esprits ont les plus gros préjugés ? » A méditer…Je suis prête à lire vos avis et commentaires !…. sans préjugés !

  • Tu as sûrement oublié de préciser que
    – les voisins, ils sont + jeunes que toi et ont déjà fêté leur « noces de bois » (5ans de mariage).
    D’ailleurs, ils sont déjà 3 enfants, le petit dernier ayant passé la soirée les mains dans le bol de cacahuète. Mais ils sont mignons et leurs parents ont l’air heureux.
    Et surtout, tu oublies de dire que leur 100m², ils ont sont propriétaires. Même pas mal.

  • Pauline

    Et Bien et bien belle création « phanie » !!! Quelle écriture vivante, légère, enjouée, pleine d’humour et de rebondissement, un choix de « police » qui transmet les émotions, une belle prose, le tout sur un fond de vérité de vie, de valeurs et une finalité de belles valeurs morale et positive qui te ressemble bien. Bravo ! Vivement ton roman !!!

35ans.fr